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Archive for the ‘Articles en français’ Category

Le nouveau magazine bimestriel “Vivre à Paris“, qui prépare son 3e numéro, propose grâce à sa page de fans sur Facebook d’être tenu au courant des infos les plus brûlantes sur les événements artistiques et culturels de notre belle capitale.

Pour vous abonner, rien de plus simple, il suffit d’aller sur : http://www.facebook.com/pages/Vivre-Paris/184882782676?ref=ts

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Elle est la porte du quartier latin, elle le commence, le résume et l’achève tout à la fois. Elle empêche le boulevard Saint-Michel de sombrer corps et âme dans la Seine et de rejoindre les îles.

Son totem de pierre trônant, superbe, sur la fontaine couchée contre un immeuble d’angle, prévient le marcheur qu’il pénètre dans un territoire sacré, qu’il en devra porter les oripeaux et en soutenir la flamme. Elle est l’accoucheuse de maints sentiers à parcourir, elle préface les labyrinthes qui s’échappent de ses flancs.

L’œil averti constatera qu’en elle cohabite deux groupes distincts, qui ne se réunissent guère, et de façon éphémère. Il y a ceux de la place, et ceux du bord de Seine. Les premiers sont jeunes : ils parlent fort, ils fument, ils se dévisagent ; ils se sont appropriés un arpent sur les pavés, et ils attendent. C’est bien là leur trait commun : l’attente. Celle de l’ami, de l’amante, du frère, du confrère, de l’inconnu qui passe, d’un quelconque cortège de jeunes gens auquel ils aimeraient bien se joindre, pour vider ensemble un demi et ne penser qu’à leur bonheur d’être là.

Et puis il y a les seconds, ceux du fleuve, qui vivent par et pour lui, le regard accroché par la lumière de Notre-Dame, par le sillage des bateaux-mouches, par les amoureux enlacés sur les berges. Pas de langueurs océanes, de vieux marins accoudés dans les estaminets d’un port, mais une simple vision de Paris, grande et belle, effleurée par les sens. Ils ne sont pas moins heureux que les premiers, mais certainement moins insouciants, rivés par les préoccupations de l’esprit, plus que celles de l’âme : le fleuve est aussi le temps qui coule, sans relâche, avec la ferme intention d’emmener tout le groupe dans l’au-delà. L’implacable course de la ville en mouvement, les quatre roues succédant à d’autres quatre roues, et les deux roues aux deux jambes.

Car la place est d’abord une mise en garde : c’est le triomphe de la puissance divine de la ville sur l’homme et les groupes, l’archange écrasant la bête ancestrale, l’épée tournoyant au-dessus de fourmis suspendues à leur destin. De cet avertissement jaillit quelques éclairs, et il est de grandes pensées qui naquirent place Saint-Michel, avant d’éclore en d’autres lieux.

Sa forme hémicyclique pourrait nous faire croire que la Seine est la scène que nous observons depuis les gradins de l’amphithéâtre, mais ne serait-ce pas se méprendre et oublier que c’est Paris qui nous regarde ?

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Peu de monuments parisiens ont une âme aussi forte que la Tour majestueuse, qui dresse les puissances de la ville vers les étoiles. Douée d’un charisme ravageur de fin de siècle, elle aurait pu y naître et y mourir si Paris ne l’avait adoptée comme sa fille et sa princesse.

Il n’y a plus besoin d’exposition universelle pour que les groupes se pressent contre sa structure métallique, dont les tressaillements imperceptibles portent témoignage du vent qui la caresse. Les foules gluantes s’accolent à ses pieds de géants, foulent ses marches dans la sueur ou s’élèvent en ligne verticale jusqu’à son sommet tant espéré.

Il y a donc le groupe du dedans, le peuple de Babel, qui s’envole dans les airs pour mieux retomber sur la ville, le bras tendu vers le Sacré-Cœur ou la Tour Montparnasse. A chaque palier, l’œil fier et conquérant, c’est un peu de Paris qu’il déguste avec les yeux.

Puis, redescendu sur terre, il se transforme sans mot dire en groupe du dehors, celui qui lève la tête au lieu de la baisser, et se perd dans les brins d’herbe du Champ de Mars. Et à voir ces carrés de verdure dédiés au dieu de la guerre, qui prolongent en l’achevant l’Ecole militaire, on est porté à croire que la Tour elle-même est l’arme secrète de la capitale, une épée magique brandie de ses entrailles comme l’Excalibur des légendes.

La nuit, le regard est aspiré par le faisceau de lumière qui envahit la Tour, détourne sa matière et l’isole du décor comme une couche dorée sur un fond d’ébène. Parfois, elle scintille, et avec elle les cœurs de ceux qui la fréquentent : il n’y a pas de plus beau détournement de la nuit que sa lumière miraculeuse. Elle est le phare de toute une ville ; elle apaise les corps et panse les plaies de l’âme dans ses errances nocturnes. Et, même le jour, cette somme d’acier est une force pénétrante qui concentre, sans les contrarier, les pulsations telluriques de la cité.

Y a-t-il encore des Parisiens sur la Tour ? Y en a-t-il jamais eu ? Il importe peu que ses groupes soient désespérément exotiques. Car elle fait écho de leur enthousiasme sans se soucier de leur provenance, car les joies et les peines qu’elle reflète contribuent à former cette mosaïque qu’on appelle Paris, car les sensations qu’elle partage se dispersent et s’épanouissent à travers le monde. Ce n’est pas que la Tour soit immortelle : mais c’est qu’elle est déjà dans l’éternité.

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La plupart des gens s’accordent à reconnaître que la première impression d’une chose ou d’un lieu est souvent celle qui reste, laissant devant nos yeux comme une trace indélébile. Tel arrive à Paris dans les fraîcheurs d’avril, et y trouvera toute sa vie le bonheur des petits matins tendres dans les ruelles rêveuses.

Mais le Centre, lui, échappe à cette ligne de conduite. Il est aussi changeant que nos humeurs indécises, tantôt colosse fougueux et écumant, paquebot enivré échoué dans le béton, tantôt amas concassé de poutres et de tubes, astéroïde écrasée dans une boîte à peinture. On l’aime un jour, pour le haïr le lendemain, et les cris qu’on lui assène mêlent les huées et les bravos. Mais lui ne s’en préoccupe guère, car il n’a qu’une volonté, vers laquelle il tend tout son effort : montrer l’art. L’art est un monstre que l’on enferme dans le carré des toiles, qu’on accroche à la blancheur des murs, qu’on laisse pendre aux clous des plafonds, qu’on érige dans des cages de verre.

Lorsqu’on surgit de la rue du Renard, il est ce rectangle multicolore dont l’horizon s’efface, qui présage les mille merveilles d’un monde à découvrir avec les yeux et le cœur. Et lorsqu’on y pénètre enfin, c’est un ailleurs plein de lumières qui vient à notre rencontre. De l’extérieur, les groupes ne peuvent que pressentir la puissance du titan ; ils s’assoient sur le vallon de pierres, balancent une guitare contre l’épaule, ou forment un cercle autour des chevalets poussant çà et là entre les pavés, avant de repartir en traînant les pieds dans la furia des Halles.

Mais, de l’intérieur, l’émotion n’est plus la même. Le groupe des visiteurs laisse en suspens ses croyances, pour en prendre de nouvelles. Il n’est pas authentiquement crédule, mais est prêt à le devenir pour le temps d’une contemplation esthétique. Certes, il y a le dégoût possible de l’esprit et des sens, mais les refus sont volontaires : puisque le groupe est là, au milieu de l’arène, il trouvera dans une esquisse de sourire ou un rire franc la contrepartie de sa déception. Car le centre sait orchestrer les étonnements, les polir contre les parois immaculées et les vitres translucides, les faire chavirer sur un monochrome inattendu, ou un Picasso trop attendu, les recueillir à même le sol pour relancer leur course effrénée vers les expositions temporaires et le voile intriguant qui les absorbe.

Beaubourg est une vue de l’esprit, mais d’un esprit attentif aux choses. Car l’ultime œuvre d’art contemporain que découvre le groupe qui s’y constitue, debout dans les galeries du sixième étage, est Paris elle-même, mise à nue, caressée par les vents enfermés sous son ciel qui s’engouffrent sans crier gare dans les alcôves de la ville.

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Pendant que Quasimodo errait sur les hauteurs de Notre-Dame, partageant ses souffrances avec les gargouilles, l’archidiacre Claude Frollo, quant à lui, se gorgeait des symboles hermétiques contenus sur la façade de la cathédrale ou, plus précisément, d’un symbole aujourd’hui disparu : le corbeau.

Victor Hugo décrit Frollo « calculant l’angle du regard de ce corbeau qui tient au portail de gauche et qui regarde dans l’église un point mystérieux où est certainement cachée la pierre philosophale ». Hugo ajoute que c’est à l’évêque Guillaume de Paris qu’on doit « cette page de grimoire écrite en pierre ». C’est lui qui aurait caché la pierre (peut-être celle de Nicolas Flamel) dans l’un des piliers de la nef.

Une autre tradition, rapportée au XVIIe siècle par Gobineau de Montluisant, parle d’un corbeau de pierre sur les voussures de la porte centrale qui aurait l’œil dirigé vers le lieu où sont cachés « les rayons de soleil qui se transformeront en or au bout de mille ans et diamant au bout de trois mille ans ». L’alchimiste Fulcanelli, dans le Mystères des cathédrales (1926), confirme ces croyances.

Mais plusieurs questions demeurent. Tout d’abord, qui fut ce Guillaume de Paris ? S’il y a bien eu un évêque correspondant à celui dont parle Hugo, Guillaume d’Auvergne (professeur de théologie et évêque de Paris de 1228 à 1249), on sait peu de choses sur sa quelconque vocation alchimique ou ésotérique et participation à la construction de la cathédrale si ce n’est qu’il offrit la cloche de la tour sud. On évoque également le nom de l’évêque Guillaume Chartier, mais il ne correspond en rien aux dates de la construction de Notre-Dame (il est mort en 1472 alors que la cathédrale était quasiment achevée à la fin du XIIIe siècle). Ou pourrait-il s’agir de Guillaume, grand Inquisiteur de Paris, à qui Philippe IV confia, en cette date fameuse du 13 octobre 1307, l’arrestation de tous les Templiers du royaume de France ?

La pierre philosophale serait-elle alors une sorte de symbole du mystérieux trésor des Templiers, objet de toutes les convoitises et de toutes les fictions au cours des siècles ?

Ensuite, quant au corbeau lui-même – si tant est qu’il ait jamais existé – il a aujourd’hui disparu (comme beaucoup d’autres éléments architecturaux) de la façade de la cathédrale. Hugo précise qu’il se trouvait sur le portail de gauche, le portail de la Vierge, mais à quel emplacement exact ? Faut-il considérer le médaillon à la colombe, allégorie de l’Humilité, dans lequel Fulcanelli voit le corbeau des alchimistes, symbole de la materia prima et de la putréfaction ? Ou encore l’une des colombes du portail de la Vierge ?
« C’est dans cette partie du porche que se trouvait sculptée autrefois l’hiéroglyphe majeur de notre pratique : le corbeau. Principale figure du blason hermétique, le corbeau de Notre-Dame avait, de tout temps, exercé une attraction très vive sur la tourbe des souffleurs : c’est qu’une vieille légende le désignait comme l’unique repère d’un dépôt sacré. » (Fulcanelli, op. cit.)

Une tradition invoque les Vierges Sages contenues dans le piédroit du portail central, sous la scène du Jugement dernier, dont l’une d’elles désignerait l’oiseau de pierre par sa position explicite. Mais les indications sont imprécises, et le discours se brouille souvent entre symbolisme ésotérique et réalité architecturale. Peut-on exclure une interprétation profane du mot corbeau, qui désigne en architecture un élément saillant de pierre, bois ou métal destiné à soutenir une poutre ou un linteau ?

On sait que Notre-Dame de Paris a longtemps été un lieu de rendez-vous des alchimistes qui se rencontraient sous les portails de St Marcel, de St Anne et du Jugement dernier. Mais est-elle plus que ce livre de pierre qu’évoquait Hugo ? Ses pierres renferment-t-elle quelque inimaginable trésor ? Le créateur d’Esmeralda avait-il compris que la cathédrale renfermait quelque inimaginable trésor, et fait de son héroïne l’incarnation de cette « émeraude des sages » ou « mercure philosophique » de la tradition spagirique ?

Laissons donc le dernier mot aux Vers dorés de Gérard de Nerval :

« Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce de pierre. »

NB : cet article est paru originellement sur le webzine de Julie Cathédrale

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Tout a commencé, comme souvent, par un film de série B, “The Doom Generation”, qui mettait en scène un trio d’adolescents neurasthéniques trucidant à coups de fusil à canon scié des pauvres prolétaires malheureux du Middle-West. Jusque là, ça pourrait passer pour un gentil téléfilm d’un émule de Tarentino.

Mais le pitch n’est pas complet : car nos trois héros, représentants d’une génération X post-moderne et désenchantée, n’appuient sur la détente que lorsque le montant qu’ils ont à payer contient le nombre du Diable, 666 (ce qui, par une coïncidence malheureuse, arrive systématiquement, y compris chez ce triste épicier chinois dont la facture à 6,66$ lui vaudra d’avoir la tête séparée du reste du corps).

Mais baste-là les facéties juvéniles. Le McDonald’s de St Lazare à Paris porte, si l’on en croit le ticket de caisse, le n°666. Assez étonnamment, il comporte une série de salles au sous-sol situées dans d’anciennes caves qui rappellent vaguement des cryptes carpathiennes.

Encore plus étonnamment, à chaque fois que je m’y suis rendu, j’ai été éclairé d’une illumination qui rappelle celle de Paul Claudel à Notre-Dame (avec beaucoup moins d’odeur d’encens mais beaucoup plus d’odeur de frites).

Dans le tarot divinatoire, la carte XV, “Le Diable”, n’est-elle pas à la fois symbole du Mal et de la Création ?

Donc, la question du jour que personne ne se pose : comment sont attribués les numéros des restaurants McDonald’s ?

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Il y a dans Paris des monstres que l’œil n’embrasse jamais tout à fait. La place de la Bastille est cette hydre insaisissable, ce Léviathan boursouflé devant lequel on se prosterne, ou que l’on fuit. Nul héros ne viendra à bout de sa puissance, nul groupe ne l’envahira entièrement de sa présence, nulle armée n’occupera son espace sans être brûlée vive par son rayonnement.

Car elle est une étoile de rues en fusion perpétuelle, les grandes avenues comme les ruelles s’y heurtent et n’en ressortent pas indemnes. Elle attire à elle tous les arrondissements pour mieux les piétiner et les rejeter implacablement contre la Seine, le Père Lachaise, ou la République.

Cette reine a sa couronne, son ornement qui enivre le regard : la colonne centrale exsude sa joie et sa fierté d’être, s’élance vers les nuages qu’elle tente de percer insolemment. C’est la pointe du compas sur lequel s’appuie le cercle, le tronc poussant libre au milieu de la forêt, l’antenne qui en appelle aux énergies célestes.

Et c’est qu’il y a des forces qui s’affrontent dans les étendues voisines, les rumeurs du Marais dispersées avec violence, les artères contrariées qui dévient de leurs courses, le canal impuissant contraint de s’enfoncer dans l’abîme, les impasses déçues qui voudraient s’ouvrir au monde.

Elle ne connaît pas le silence. Le vacarme y règne en maître, depuis l’incessante procession de moteurs en rut jusqu’aux élégants éclats des chorales de l’Opéra. Avant, on y enfermait les espions et les criminels, aujourd’hui on y barricade les musiciens et les danseurs. Dans tous les cas, on entend leurs cris du soir au matin, car ils veulent prendre le public à témoin. Mais le public, lui, est plus désinvolte qu’on voudrait bien croire. Il s’assoit sur les marches et attend qu’on l’y déloge, il tournoie autour de la place de cafés en restaurants, jouissant quelques instants d’une gloire anonyme avant de s’enfoncer, la tête baissée, dans les profondeurs de Paris.

La nuit tombée, on lui refuse encore le moindre répit. Elle se prend au jeu, et affiche un air de fête, une mine enjouée, un peu espiègle. Ses bourrelets s’animent : les bars de la rue de Lappe ou du faubourg Saint-Antoine ont mis leur tenue d’apparat, et se promettent de veiller jusqu’à l’aube en profitant du moment présent.

Chaque soir, elle est un peu déçue, bien sûr, car elle perd de son tourbillon intérieur au profit de ses cadettes, qui ne lui font plus la cour, et dont elle devient, pour quelques heures, la mère maquerelle.

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