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Archive for November, 2009

La plupart des gens s’accordent à reconnaître que la première impression d’une chose ou d’un lieu est souvent celle qui reste, laissant devant nos yeux comme une trace indélébile. Tel arrive à Paris dans les fraîcheurs d’avril, et y trouvera toute sa vie le bonheur des petits matins tendres dans les ruelles rêveuses.

Mais le Centre, lui, échappe à cette ligne de conduite. Il est aussi changeant que nos humeurs indécises, tantôt colosse fougueux et écumant, paquebot enivré échoué dans le béton, tantôt amas concassé de poutres et de tubes, astéroïde écrasée dans une boîte à peinture. On l’aime un jour, pour le haïr le lendemain, et les cris qu’on lui assène mêlent les huées et les bravos. Mais lui ne s’en préoccupe guère, car il n’a qu’une volonté, vers laquelle il tend tout son effort : montrer l’art. L’art est un monstre que l’on enferme dans le carré des toiles, qu’on accroche à la blancheur des murs, qu’on laisse pendre aux clous des plafonds, qu’on érige dans des cages de verre.

Lorsqu’on surgit de la rue du Renard, il est ce rectangle multicolore dont l’horizon s’efface, qui présage les mille merveilles d’un monde à découvrir avec les yeux et le cœur. Et lorsqu’on y pénètre enfin, c’est un ailleurs plein de lumières qui vient à notre rencontre. De l’extérieur, les groupes ne peuvent que pressentir la puissance du titan ; ils s’assoient sur le vallon de pierres, balancent une guitare contre l’épaule, ou forment un cercle autour des chevalets poussant çà et là entre les pavés, avant de repartir en traînant les pieds dans la furia des Halles.

Mais, de l’intérieur, l’émotion n’est plus la même. Le groupe des visiteurs laisse en suspens ses croyances, pour en prendre de nouvelles. Il n’est pas authentiquement crédule, mais est prêt à le devenir pour le temps d’une contemplation esthétique. Certes, il y a le dégoût possible de l’esprit et des sens, mais les refus sont volontaires : puisque le groupe est là, au milieu de l’arène, il trouvera dans une esquisse de sourire ou un rire franc la contrepartie de sa déception. Car le centre sait orchestrer les étonnements, les polir contre les parois immaculées et les vitres translucides, les faire chavirer sur un monochrome inattendu, ou un Picasso trop attendu, les recueillir à même le sol pour relancer leur course effrénée vers les expositions temporaires et le voile intriguant qui les absorbe.

Beaubourg est une vue de l’esprit, mais d’un esprit attentif aux choses. Car l’ultime œuvre d’art contemporain que découvre le groupe qui s’y constitue, debout dans les galeries du sixième étage, est Paris elle-même, mise à nue, caressée par les vents enfermés sous son ciel qui s’engouffrent sans crier gare dans les alcôves de la ville.

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“Notre-Dame de Paris is the most satisfactory summary of hermetic science.” (Victor Hugo)

While Quasimodo was wandering around the heights of Notre-Dame, sharing his sufferings with the gargoyles, the archdeacon Claude Frollo was absorbed in the hermetic symbols of the front of the cathedral. And more particularly in one that no longer exists: the raven.

Victor Hugo describes Frollo « calculating the angle of vision of that raven which belongs to the left front, and which is looking at a mysterious point inside the church, where is concealed the philosopher’s stone ». Hugo adds that this « page of incantation written in stone » is the work of Guillaume of Paris. The latter is supposed to have concealed the stone (maybe Nicolas Flamel’s) in one of the pilars of the nave.

An other tradition, coming from Gobineau of Montluisant in the 17th century, tells about of stone raven in the arch of the central door; its eyes would face the place where are hidden “the sun beams that will turn into gold after one thousand years and diamand after three thousand.” The alchemist Fulcanelli, in his Mysteries of the cathedrals (1926), confirms this belief.

But several interrogations remain. First, who really was Guillaume of Paris? There was a bishop, Guillaume of Auvergne (theology teacher and bishop of Paris from 1228 to 1249), who would correspond to the name given by Hugo. But little is known of his alchemical or esoterical vocation, or his contribution to the building of the cathedral, except that he gave the south tower bell. The name of the bishop Guillaume Chartier pops up too, but doesn’t fit the dates of the building of Notre-Dame. (he died in 1472 whereas the cathedral was almost achieved at the end of the 13th century). Or may it be Guillaume, great inquisitor of Paris, whom Philippe IV missionned in the infamous date of October 13th, 1307 to arrest all the Templars of the kingdom of France?

Would the philosophers’ stone be a symbol of the mysterious treasure of the Templars, subject of all the greed and all the fictions throughout centuries?

Then, the raven itself no longer exists (provided it ever existed), like many other architectural pieces from the front of the cathedral. Hugo writes that it was located on the left portal, the portal of the Virgin, but where exactly? Must one consider the dove medaillon, allegory of Humility (in which Fulcanelli sees the raven of the alchemists), a symbol of the materia prima and of putrefaction? Or maybe one of the doves of the portal of the Virgin? “In this part of the hall was once sculpted the main hieroglyph of our practice: the raven. Major element of the hermetic blazon, the raven of Notre Dame has always had a strong attraction on the peat of the blowers, for an old legend said it was the one lair of a sacred treasure.” (Fulcanelli, op. cit.)

One tradition tells about the Wise Virgins inside the right arch of the central portal, under the Last Judgment scene; one of them, with an explicit gesture, is supposed to be pointing at the stone bird. But the details are indistinct and the texts remain a bit blurry between esoteric symbolism and architectural reality. Can one exclude a secular interpretation of the word “raven”, which indicates in architecture a projecting element of stone, wood or metal that supports a beam or a girder?

Notre Dame de Paris has long been a meeting point for alchemists who would gather under the portals of St Marcel, St Anne and the Last Judgment. Yet is it more than this “book of stone” which Hugo wrote about? Did its stones contain some unconceivable treasure? Had the father of Esmeralda made his heroine the embodiement of the “emerald of the wise” or the “philosophers’ mercury” of the old spagyric tradition?

Let Gerard de Nerval and his “Golden verses” have the final word:

Often a hidden god inhabits obscure being;
And like an eye, born, covered by its eyelids,
Pure spirit grows beneath the surface of stones!

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Pendant que Quasimodo errait sur les hauteurs de Notre-Dame, partageant ses souffrances avec les gargouilles, l’archidiacre Claude Frollo, quant à lui, se gorgeait des symboles hermétiques contenus sur la façade de la cathédrale ou, plus précisément, d’un symbole aujourd’hui disparu : le corbeau.

Victor Hugo décrit Frollo « calculant l’angle du regard de ce corbeau qui tient au portail de gauche et qui regarde dans l’église un point mystérieux où est certainement cachée la pierre philosophale ». Hugo ajoute que c’est à l’évêque Guillaume de Paris qu’on doit « cette page de grimoire écrite en pierre ». C’est lui qui aurait caché la pierre (peut-être celle de Nicolas Flamel) dans l’un des piliers de la nef.

Une autre tradition, rapportée au XVIIe siècle par Gobineau de Montluisant, parle d’un corbeau de pierre sur les voussures de la porte centrale qui aurait l’œil dirigé vers le lieu où sont cachés « les rayons de soleil qui se transformeront en or au bout de mille ans et diamant au bout de trois mille ans ». L’alchimiste Fulcanelli, dans le Mystères des cathédrales (1926), confirme ces croyances.

Mais plusieurs questions demeurent. Tout d’abord, qui fut ce Guillaume de Paris ? S’il y a bien eu un évêque correspondant à celui dont parle Hugo, Guillaume d’Auvergne (professeur de théologie et évêque de Paris de 1228 à 1249), on sait peu de choses sur sa quelconque vocation alchimique ou ésotérique et participation à la construction de la cathédrale si ce n’est qu’il offrit la cloche de la tour sud. On évoque également le nom de l’évêque Guillaume Chartier, mais il ne correspond en rien aux dates de la construction de Notre-Dame (il est mort en 1472 alors que la cathédrale était quasiment achevée à la fin du XIIIe siècle). Ou pourrait-il s’agir de Guillaume, grand Inquisiteur de Paris, à qui Philippe IV confia, en cette date fameuse du 13 octobre 1307, l’arrestation de tous les Templiers du royaume de France ?

La pierre philosophale serait-elle alors une sorte de symbole du mystérieux trésor des Templiers, objet de toutes les convoitises et de toutes les fictions au cours des siècles ?

Ensuite, quant au corbeau lui-même – si tant est qu’il ait jamais existé – il a aujourd’hui disparu (comme beaucoup d’autres éléments architecturaux) de la façade de la cathédrale. Hugo précise qu’il se trouvait sur le portail de gauche, le portail de la Vierge, mais à quel emplacement exact ? Faut-il considérer le médaillon à la colombe, allégorie de l’Humilité, dans lequel Fulcanelli voit le corbeau des alchimistes, symbole de la materia prima et de la putréfaction ? Ou encore l’une des colombes du portail de la Vierge ?
« C’est dans cette partie du porche que se trouvait sculptée autrefois l’hiéroglyphe majeur de notre pratique : le corbeau. Principale figure du blason hermétique, le corbeau de Notre-Dame avait, de tout temps, exercé une attraction très vive sur la tourbe des souffleurs : c’est qu’une vieille légende le désignait comme l’unique repère d’un dépôt sacré. » (Fulcanelli, op. cit.)

Une tradition invoque les Vierges Sages contenues dans le piédroit du portail central, sous la scène du Jugement dernier, dont l’une d’elles désignerait l’oiseau de pierre par sa position explicite. Mais les indications sont imprécises, et le discours se brouille souvent entre symbolisme ésotérique et réalité architecturale. Peut-on exclure une interprétation profane du mot corbeau, qui désigne en architecture un élément saillant de pierre, bois ou métal destiné à soutenir une poutre ou un linteau ?

On sait que Notre-Dame de Paris a longtemps été un lieu de rendez-vous des alchimistes qui se rencontraient sous les portails de St Marcel, de St Anne et du Jugement dernier. Mais est-elle plus que ce livre de pierre qu’évoquait Hugo ? Ses pierres renferment-t-elle quelque inimaginable trésor ? Le créateur d’Esmeralda avait-il compris que la cathédrale renfermait quelque inimaginable trésor, et fait de son héroïne l’incarnation de cette « émeraude des sages » ou « mercure philosophique » de la tradition spagirique ?

Laissons donc le dernier mot aux Vers dorés de Gérard de Nerval :

« Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce de pierre. »

NB : cet article est paru originellement sur le webzine de Julie Cathédrale

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